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L'HOMME D'IBIZA

Et si l'humanité avait encore un avenir ?

Sortie oct. 2015

 

                             SOMMAIRE
 
                        1ère partie : l’interview / P. 3 à 49 
 
                     2ème partie : « le petit livre blanc » / P. 50 à 70

                                Extraits

 
1ère partie : L’INTERVIEW
 
***
 
J’avais fait le voyage jusqu’à Ibiza pour le voir. Il avait été l’un des acteurs principaux du mouvement hippie durant les années soixante mais plus personne ne savait ce qu’il était devenu. Nous l’appellerons « CZ » tout au long de cette histoire, fidèle à la promesse que je lui ai faite de ne pas prononcer son nom dans le cadre de cette interview. C’est qu’il avait été peu médiatisé ; on le connaissait surtout pour son travail dans l’ombre du mouvement… comme idéologue ou comme « agitateur d’idées », comme il s’était défini lui-même. Pas plus. Il n’avait jamais souhaité être placé sur le devant de la scène ; son rôle à lui consistait à écrire « le petit livre blanc ». Réalité ou légende, l’avenir me permettrait peut-être d’en savoir plus. Et puis on racontait qu’il avait pris un jour sa retraite, sans en avoir l’âge, parce qu’il ne s’était jamais remis d’une cruelle désillusion ; il avait été écœuré, disait-on, par la trahison des cadres, ses amis, qui s’étaient tous rendus pieds et mains liés au capitalisme.
« Qui s’étaient liés en quelque sorte… ou plutôt qui s’étaient alliés comme on s’allie à son pire adversaire parce qu’il vous promet monts et merveilles ! Ou parce qu’on a perdu sa conscience, ou parce qu’on a peur, ou parce qu’on est devenu lâche. Ou alors parce qu’on n’y croit plus. Ou encore et enfin, parce qu’on s’est dévoyé » (extrait d’une tribune à laquelle il avait répondu : « La gazette de mai », juin 68).
À l’instant où je le rencontrai, il portait un jean délavé et une grande chemise blanche… des sabots aux pieds et quelques bijoux en argent : une gourmette et une bague arabo-espagnole très finement ciselée. Et, sur le lobe de l’oreille, demeurait la trace d’une boucle qu’il aurait portée à droite. Il me convia à s’asseoir à ses côtés, sur un banc, en marge du soleil ; comme s’il fallait encore se cacher. J’étais littéralement impressionné par ce qu’il dégageait tout à la fois comme force et comme humanité ; la réalité dépassant largement ce qu’on m’avait raconté du personnage. Et ce qui ressortait, c’est qu’il était encore bel et bien vivant, lui qu’on avait cru mort, lui qui avait « disparu des écrans ». Après avoir échangé quelques banalités sur le temps et la température, je lui posai une première question en rapport avec les événements de mai 68…
  • "Pourquoi avoir quitté le mouvement?"
  • ...
  • "Pourquoi avoir quitté le mouvement?"
  • Tout simplement parce qu’il m’a quitté !
     
  • « Comment ça, il vous a quitté ? »
  • Oui, le mouvement m’a quitté… comme une femme pourrait le faire. Ou un ami très proche, comme il vous plaira de choisir…
     
  • « Une femme ! »
  • Pareil, une femme que j’aurais trop aimée et qui m’aurait trahi en fin de compte. Dont il fallait que je me sépare parce qu’elle me trompait ; une sorte de divorce à l’amiable, si vous voyez ce que je veux dire. Je lui ai laissé tous mes biens. Remarquez, il n’y avait pas grand-chose et je suis parti ; pas même avec un baluchon sur les épaules !
    Petit sourire ironique.
  • « Avec « le petit libre blanc », quand même ! »
  • Je ne sais pas de quoi vous voulez parler.
    Je décidai néanmoins de continuer dans la même direction.
  • « On raconte que vous l’avez emporté avec vous ! »
  • Ecoutez, c’est une vieille histoire… peut-être une légende ou un mythe. Il y a prescription aujourd’hui ; dans tous les cas, je ne sais pas ce qu’il est devenu.
  • « Vous admettez donc, de façon implicite, qu’il existe ou qu’il a existé… »
  • Petite pause… comme si « CZ » réfléchissait avant de répondre.
    Peut-être !
    Une façon de ne pas dire vraiment « oui » ! 
    Je pense qu’il doit y avoir des écrits qui se baladent quelque part dans une de mes vieilles malles. L’écriture de quelques fondements sans importance… pour une société qui se voulait nouvelle. Mais je suis très étonné que vous m’en parliez ; je pensais que tout avait été oublié, qu’il ne restait nulle part aucune trace de cette histoire ! « Le petit livre blanc », quelle aventure !
    Hochements légers de la tête de haut en bas et petit sourire au coin des lèvres… le témoignage de quelques souvenirs qui semblent resurgir, là-bas, au loin, il y a si longtemps… Mais il ne faut pas laisser apparaitre une trop grande émotion, si tôt et devant n’importe qui !
    Comme je sentais que la piste allait pouvoir être explorée, mais qu’il était encore trop tôt pour le faire, je décidai de poursuivre la discussion en empruntant d’autres voies.
  • « Vous avez évoqué le terme de « tromperie »
  • Oui, elle avait couché ailleurs, avec un autre… puis avec plusieurs autres. De toute façon, tout le monde couchait avec n’importe qui à la fin ! C’est en tout cas l’impression que j’avais ! D’être trahi de partout…
    Visiblement, le souvenir même éloigné de ces événements le troublait encore.
  • « Mais je vous croyais libre en amour, les soixantuitards ! »
  • Nous l’étions ; enfin, nous avons tenté de l’être. Sur un plan physique tout au moins… comme si le corps et l’esprit pouvaient fonctionner comme des entités séparables...
    Petit sourire moqueur…
    Nous étions naïfs ! A l’inverse, sur d’autres plans, peut-être sur tous les autres plans, il n’était pas question de faire des compromis.
  • « Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »
  • À l’heure actuelle encore, je ne sais toujours pas si c’était une bonne chose que d’avoir mis « l’amour de l’autre », l’amour de « tous les autres » au centre des préoccupations.
     J’eus à ce moment précis, une pensée pour nos bigotes de quartiers…
    Vous savez ce fameux slogan « Peace and Love » a été pour moi l’objet de nombreuses réflexions. C’est qu’entre la pensée et l’acte, il y a la nature humaine qui impose parfois sa loi, inexorable et brutale. En faisant de ce principe, un objectif sociétal et une condition de vie entre les humains, nous avons ouvert si fort une porte qu’elle est « sortie de ses gonds ». Je me demande encore si tout autre, n’importe quel autre, est digne d’être aimé… si nous pouvons réellement aimer tout le monde... Je pense malheureusement qu’il y a des guerres à mener, encore plus nombreuses aujourd’hui…
    Par ses propos, « CZ » reconnaissait qu’après avoir été un adepte du courant pacifiste radical, il s’était ensuite rallié au courant qui envisage dans certains cas, un recours à la violence. 
    Parce que tout le monde n’est pas « aimable », parce que les « forces du mal » se sont renforcées, parce qu’il y a des choses inacceptables, parce qu’on ne peut tout simplement pas faire autrement. Vous savez, le pouvoir est dans leurs mains… plus que jamais.
    Petit temps d’arrêt, comme s’il fallait qu’il réfléchisse. Il me fixait…
    Et parce que ne rien faire c’est accepter le cours des événements ; à la fin, moi qui était tolérant, je déclarais à qui voulait bien l’entendre que « celui qui n’était pas avec moi ou avec nous, était contre ! »
    Une façon de sous-entendre que lorsqu’on est jeune, on est bien « con » !
  • « Je ne comprends pas très bien : qui sont ces « forces du mal » dont vous évoquez l’existence ? »
  • Tous ceux qui vivent aux crochets de l’humanité en la pillant de ses biens, voilà qui ils sont. Plus généralement, tous ceux qui font passer le profit individuel avant le profit commun. Tous ceux qui usent en abusant… et parmi eux, malheureusement, des pauvres gens qui participent sans le vouloir à la gabegie. Il faudrait être capable de sérier dans la meute des humains, ceux qui tuent pour manger et ceux qui tuent gratuitement… par férocité ou par plaisir !
     
  • « S’ils détiennent la force ou le pouvoir, comme vous le dites, alors quelle stratégie pensiez-vous pouvoir adopter ?
  • Celle des débats, j’ai failli prononcer le mot « ébats » …
    Me dit-il en souriant…
    … et celle des longues marches ; pour convaincre et fédérer. Notre plan de bataille comportait deux étapes. Dans un premier temps, nous voulions réveiller les consciences et structurer les dynamiques humaines sur un plan local, puis dans un second temps, il avait été prévu d’organiser une arrivée massive de toutes les cohortes sur la capitale. Des Gaules, allais-je ajouter !
    Petit calambour à deux sous pour un « CZ » qui était en train de se décontracter…
    Un même week-end. On avait appelé cette dernière phase du plan « la toile d’araignée » ! Avec à la clef, un sitting qui aurait pu durer quelques jours, quelques mois, peut-être quelques années ! Nous aurions alors campé, un peu à la manière des Égyptiens qui ont occupé la place Tahrir en 2011.
  • « Qui vouliez-vous fédérer ? »
  • Notre cible était la « middle class » ; avec eux, nous aurions pu renverser l’ordre des choses, tel qu’il avait été institué. Mais nous savions qu’elle serait très difficile à bouger, cette classe du milieu ! Les gens ne se sentaient pas vraiment concernés, vous savez c’est toujours comme ça quand on vit dans un pays riche. Le bonheur béat rend bête ; beaucoup ne voulaient pas voir la réalité en face. Nous les considérions comme « le ventre mou » du pays.
    Je ne sais pas pourquoi, mais dans l’instant, je me mis à penser au déni de grossesse.
    « On verra bien », nous répondaient-ils, « quand on sera placé au pied du mur, si on doit y être, on agira… il sera toujours temps ! »
    Je pensai : « une manière de jouer les aveugles et de conférer les problèmes aux générations à venir ».
    Vous savez, nous avons souvent été traités à cette époque de menteurs ou d’activistes à la solde de l’étranger… ou encore « d’oiseaux de mauvais augure ».

    Etc...


     
  • « Revenons, si vous le voulez bien, à cette expérience « d’amour libre » que vous avez vécue avec le mouvement et qui vous a déçue. Qu’est-ce qu’il s’est réellement passé ? »
  • C’est qu’au final, l’infidélité nous a gagnés, de façon insidieuse, de façon perverse, alors qu’elle n’aurait dû être que de la fidélité assumée et renforcée à nos valeurs, elle s’est étiolée. Nous avons dérogé à la règle… Mais vous savez, l’homme est tout à la fois son meilleur ami et son plus grand ennemi.
    Long silence et mains jointes devant la bouche… comme s’il se préparait à dire quelque chose de particulièrement important.
    Il est tout à la fois celui qui peut unir mais également trahir ! Capable du meilleur et du pire… vous connaissez le refrain !
  • « Mais de quel amour et de quelle trahison me parlez-vous ? Je ne saisis pas très bien vos propos »
  • Du seul, du vrai, de celui qui lie les êtres en profondeur.
    Un vent de passion se mit à souffler. Je le trouvai de plus en plus libéré et, peut-être, bientôt exalté.
    Sans intérêts autres que celui du bien commun. Travailler au bonheur de tous, faire en sorte que tout le monde ait les moyens de vivre et de se développer avait pour nous une autre consistance que celui d’acquérir des biens. Nous voulions substituer aux produits marchands, « la valeur homme » ; en faire « le centre de la cible » ; que tout le monde puisse exister au plein sens du terme ; que chacun ait un destin ; plus aucune vie misérable. Vous comprenez ce que je veux dire, j’en suis sûr…
    Petit silence puis il reprit son propos :
    L’important pour nous n’a jamais été d’apprendre à vendre ou à acheter, mais à donner ou à partager. Nous voulions remettre au « cœur » des préoccupations « l’humain », en œuvrant à son bien-être et à son développement. Et pour cela, il fallait changer de paradigme ; apprendre aux enfants à respecter et apprécier ce qui fait qu’un individu est différent des autres... non seulement du point de vue de ses richesses, ça serait trop facile, mais également du point de vue de ses pauvretés. Que chacun se sente concerné par le devenir des autres. Une société qui sait « aimer », qui sait reconnaître « les siens », qui sait les écouter et les encourager dans leur quête incessante de bonheur, c’est une société qui ne connait pas de guerres. Le mot « Love » aurait dû être placé avant le mot « Peace » !


  •  « Ce qui lie les êtres en profondeur ? Je suis curieux de savoir »
  • La curiosité, l’estime ou l’admiration pour ce qu’est l’autre, tout simplement. À la base, ce n’est que de l’intérêt ou de la considération pour le genre humain… Encore faut-il prendre le temps de s’arrêter pour le regarder, cet autre moi… de le « déshabiller », allais-je dire ! Vous comprenez sans doute mieux, maintenant, pourquoi nous, les hippies des années 60, nous avons encouragé la nudité.
    Me dit-il avec un léger sourire aux lèvres !
    Petit silence ; un ballon vint à nous… se figer entre nos jambes. Il était celui d’un groupe d’enfants qui jouait au football dans le parc, à proximité de notre banc. « CZ » le prit, se leva tranquillement et adressa une passe à l’un d’entre-eux. Puis il s’assit, fier d’avoir pu démontrer une certaine adresse et reprit le cours de sa discussion.
    Et la consommation du hachich a participé à cette évolution, avec bien entendu les limites que nous connaissons. Nous étions en train de les dénoncer quand j’ai quitté le mouvement ; vous connaissez ce proverbe : « qui trop embrasse mal étreint » ! Mais le chilom qui tournait entre nous et qui n’était qu’une pipe en terre, en pierre ou en bois symbolisait cette volonté de considérer autrement les relations humaines. Notre positionnement en cercle lors des « cérémonies » et le passage d’une bouche à l’autre symbolisait le monde et le partage des richesses. Elle a permis de lever bien des barrières : les apparences, les postures et autres rigidités ; elle a permis d’atteindre un autre niveau de profondeur, de s’affranchir en quelque sorte…d’oser être soi. Quand nous fumions, nous nous sentions mieux ensemble, moins agressifs, moins vénaux, plus naturels… nous percevions mieux l’intérieur de l’autre, au-delà de sa couleur ou de son habit !
  • « Inégalités structurelles ! »
  • Il ne vous aura pas échappé que les richesses naturelles ne sont pas réparties de façon équitable sur la terre. Et que l’endroit de votre naissance n’est que le fruit d’un pur hasard ; il ne faut jamais l’oublier…


     
    2ème partie : « LE PETIT LIVRE BLANC »
    ***
     
     
  • Humanité
  • Sensibilité
  • Danse
  • Amour
  • Enfance
  • Famille
  • Travail
  • Droit
  • Société
  • Économie
  • Guerre et paix
  • État
  • Justice
  • Gouvernement
  • École
  • Religion
  • Natures
  • Humanité
     
    Nous nous appelons les Humains et notre temps est venu. Celui des Hommes est achevé.
     
    Nous nous appelons les Humains car l'Homme exclut la Femme, qui est pourtant humaine, bien qu'elle ne soit pas homme. Nous tenons à cette différence, et à cette égalité.
     
    Nous nous appelons les Humains car nous n'oublions pas l'humus primitif, d'où nous sortons, ce que l'Humain, plus que l'Homme, conserve en sa sonorité. L'Humain a le sens de la Terre.
     
    Nous nous appelons les Humains car nous aimons la vertu cachée du mot, l'humilité, qui est de même racine, profondément ancrée dans le sol.
     
    Nous nous appelons les Humains car nous avons le sens du milieu, qui exclut les extrêmes. L'Homme en est parfois conscient, mais l'Humain y est toujours sensible.
     
    Homo Sapiens ? Nous ne nous considérons pas ainsi. Homo Sapiens Sapiens ? On rira un jour de ce prétentieux redoublement.
     
    Nous voulons la révolution des mœurs, du droit, de l'État et de l'économie. Toute révolution est un retour. Mais c'est un retour créateur car ce que nous faisons n'a jamais existé.
     
    Sensibilité
     
    Nos mœurs ne se commandent ni ne s'ordonnent. Elles s'organisent d'elles-mêmes autour du principe de la sensation.
     
    Il ne s'agit pas de rendre le corps conscient mais de le rendre sensible. Nous ne l'orientons pas d'après une longueur, une largeur et une hauteur. Nous l'orientons par la profondeur.
     
    Quand le corps est sensible, il n'y a plus de haut ni de bas. Seulement du profond et du superficiel.
     
    Une longitude, une latitude, cela donne une position. Beaucoup ne se repèrent qu'ainsi. Une profondeur, cela donne un volume. Combien se vivent ainsi ?
     
    Deux dimensions, c'est un dessin sans épaisseur sur une surface. Élément de décor. Trois dimensions, c'est une statue consistante : élément d'organisation.
     
    Deux dimensions, c'est un affichage et un encadrement : à la fin, on ne peut plus s'encadrer. Trois dimensions, c'est un lieu et une part cachée : à la fin, on ne peut plus être encadré.
     
    L'art du portrait a vécu. Puisse naître la sculpture. Se faire un corps plus qu'un visage... Fin de la figuration, début de l'incarnation.
     
    Danse
     
    Nous voulons la consistance des corps contre la superficialité des figures. Mais il faut encore que ça vive, que ça remue et que ça vibre. Alors nous dansons.
     
    La danse oriente le corps sur la sensation des diagonales. Dès ce moment nous percevons de biais et nous trouvons toujours le biais. L'erreur est de croire que nous pensons et vivons de travers.
     
    Nous aimons l'électrification récente de la musique car elle nous a donné la disjonction. C'est la déchirure nécessaire à la perception incarnée des passions.
     
    Notre vie, nous la considérons comme une danse jusqu'à épuisement. Avoir le sens du rythme... combien vivent à contretemps ? Trouver son pas... combien sont mis au pas ?
     
    Savoir danser est la sagesse que nous offrons aux Hommes. Tout bouge en nous, et pas seulement nos yeux.
     
    Savoir danser est la sagesse du tempo et du timing. Tout respire en nous, et pas seulement nos poumons.
     
    Les Hommes ont la peinture, la photographie, le théâtre, le cinéma : arts de la représentation. Nous, nous sculptons nos corps en musique. Nous ne nous regardons pas vivre, nous vivons.
     
    Les Hommes font du cinéma et aiment le cinéma, art du faux mouvement. Notre mouvement à nous est réel, physiquement remuant, indivisible, comme le continu.
     
    Nous ne voulons pas être kinésiques mais synesthésiques. Fin du visuel, début du sensoriel.

     

    Les événements du 13 novembre 2015 à Paris (presque 130 morts à l'issue d'un attentat) me conduisent à mettre plus en avant que les autres, deux thèmes

    Guerre et paix
     
    L'Humain défend son territoire comme tout animal, mais il n'a pas besoin d'en conquérir un comme tout Homme. De là un pacifisme sans conditions, ce qui ne veut pas dire : ne pas être en guerre...
     
    Le pacifisme lutte contre toute tentative d'annexion et d'extension des territoires. De là une guerre à la guerre sans conditions.
     
    La guerre, c'est le désir d'exister d'une seule forme de vie. La paix, c'est la conscience du droit d'exister pour toute forme de vie.
     
    Il n'y a qu'une seule forme de vie qui ne soit pas tolérable, c'est celle qui ne tolère pas les autres formes de vie.
     
    Si nous faisons la guerre à la guerre, c'est parce que cette forme de vie est pour l'homogénéité et l'uniformité de la vie. Cela revient à vouloir la mort car la vie, c'est la diversité et l'hétérogénéité des formes de vie.
     
    Le pacifisme aime toutes les formes de vie sauf une ; le bellicisme n'aime aucune vie sauf une. Laquelle des deux contradictions est la plus viable ?
     
    Le bellicisme, c'est la puissance du pouvoir ; le pacifisme, le pouvoir de la puissance. Le premier veut étendre un territoire à toute la Terre, le second défend les territoires sur toute la Terre. Début du monde, fin de l'immonde.
     
    Religion
     
    En finira-t-on un jour avec la religion ? En réalité il ne s'agit pas de vouloir en finir mais de faire autre chose.
     
    L'existence des dieux ne nous incommode pas ; elle nous indiffère. Les dieux existent-ils si nous ne leur prêtons pas attention ? Peut-être plus que si nous nous en soucions...
     
    Plus on prie, plus les dieux s'éloignent des hommes ; moins on prie, plus ils reviennent là où on ne les attend pas. Il n'est pas sûr que la piété implique la religion.
     
    Je lève mes yeux au ciel : voilà le sentiment ; je m'agenouille ventre à terre : commence le ressentiment.
     
    La religiosité vraie, c'est le doute. L'interrogation sur l'Autre, c'est la conscience enfantine ; la vérité sur l'Autre, c'est l'innocence infantile.
     
    La conscience éveillée dit : il y a plus grand que moi, mais ce n'est peut-être pas un dieu. La conscience écrasée dit : il y a plus grand que moi, et c'est la preuve qu'il y a un dieu.
     
    La personnalisation de l'impersonnel est à l'origine des religions : il fallait des héros (les dieux et les saints) et des complices (les prêtres et les juges). Quand on est complice, on est bien placé et on complote.
     
    À vrai dire, ce n'est pas le savoir qui pose problème en religion mais le pouvoir. Y être indifférent, ce n'est pas être imbécile mais souverain. Y être indifférent, ce n'est pas être hérétique mais politique.
     
    Nous mettons l'Humain au centre : ni Dieu ni Homme. Ce n'est pas une nouvelle religion mais une nouvelle éthique. C'est la conduite qui importe, pas la foi. La culture commence là où finit le culte.
     
     
     



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