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LE POEME DE MES EMOTIONS SPORTIVES

N. Krantz
Ecrit en avril 1991
Revisité en janvier 2015

En hommage aux temps héroïques
D’un des plus nobles combats
Qu’un chevalier des temps modernes
Puisse être amené à livrer
En quête d’absolu
Seul pour
Et contre soi
Sacré Graal
 
La pratique sportive délibérément engagée est, tout simplement, un entraînement à la vie. Qu’elle enrichit et qu’elle prépare…

résumé décathlon

L’épreuve
En avril 1991, à l’issue d’une période riche en investissement sportif, je me décidai à faire paraître, sous une forme très artisanale : « Le poème de mes émotions sportives : souvenir de décathlonade ». Quelques années seulement après avoir mis fin à ma carrière de sportif très impliqué, tant du point de vue de l’entraînement que du point de vue de la compétition. En effet, j’avais été quelques années durant, l’adepte passionné d’une religion qui porte pour nom « Le décathlon » (1974 – 1984). Les plus érudits d’entre-nous comprendront très vite de quoi il s’agit, en se référant aux racines grecques du terme : déka « dix » et âthlos « concours ». Un héritage direct ou indirect des douze travaux d’Hercule et une légende à la clé, celle de Jason, chef de l’expédition des Argonautes, qui aurait institué pour la première fois un tel type de compétition. Afin de récompenser Peleus, son compagnon, toujours second dans les épreuves spécialisées qui l’opposaient aux autres guerriers (Lutte, Disque, Javelot, Course et Saut) mais qui ne pouvait jamais atteindre, malgré une valeur reconnue de tous, la consécration suprême. Et c’est ainsi que naquit le principe des épreuves combinées qui tend à consacrer « les athlètes complets ».
« C’est à Lemnos que Pelée aurait gagné selon Philostrate le premier pentathle, en 1225 avant J.C. » J. Le Floc’hmoan. A partir de la XVIIIème olympiade, apparaît au programme des jeux Olympiques, le pentathle ; le premier champion dont on ait gardé une trace, s’appelait Lampis de Laconie… 
Les Grecs avaient, paraît-il, « une estime particulière » pour le pentathlon ; sans doute parce que comme l’écrivait Aristote : « Les pentathlètes sont les plus parfaits de tous les athlètes, parce qu’ils ont reçu de la nature la force, la vitesse, l’adresse et le courage … parce qu’ils méritent sans doute plus que les autres « la couronne » qui témoigne autant de la force physique que de la force morale du vainqueur » B. Gillet
Le décathlon des temps modernes est né en 1912, à l’occasion des Jeux Olympiques de Stockholm; après avoir connu de multiples turpitudes quant au choix et à l’ordre des épreuves, quant au nombre de jours également pour l’accomplir. Sa description précise peut désormais être établie comme suit : 1ère journée =) 100m, saut en Longueur, lancer de Poids, saut en Hauteur, 400m ; 2ème journée =) 110m haies, lancer de Disque, saut à la Perche, lancer de Javelot, 1500m. Le vainqueur est celui qui aura réalisé, à l’issue de toutes ces épreuves, le plus grand total ; chaque épreuve rapportant en fonction de la valeur de la performance accomplie, un certain nombre de points. 


Une épopée
J’avais été au niveau des résultats un bon pratiquant mais pas un pratiquant exceptionnel (d’un niveau national 2ème division) ;  l’histoire retiendra, si elle doit retenir quelque chose de mon passage dans ce domaine d’activité, la façon dont j’ai vécu mon engagement dans cette discipline. L’histoire que je vais relater n’a aucun intérêt d’un point de vue technique ! Elle n’a de sens que d’un point de vue humain ; à ce titre et seulement à ce titre, elle est singulière… forcément partiale et partielle, mais tellement vivante. Inique, puisqu’elle est le fruit de la façon tout à fait particulière dont un être, aussi simple que moi, a vécu sa pratique sportive. Traversant le monde du sport, de manière générale, comme une épopée à vivre : c’est-à-dire comme « un long poème d’envergure nationale narrant les exploits historiques ou mythiques d’un héros ou d’un peuple ». Chacun aura compris, bien entendu, qu’il n’y aura dans cette histoire, que du local, rien de « national » et que si je devais être amené à être le héros de quelque chose, cela ne pourrait être que de moi-même ! Quant ayant terminé un combat, je relatai avec fierté, l’histoire d’un cheminement, avec ses heurts et ses bonheurs !
J’ai découvert sur le tard, la véritable nature de mon engagement dans l’effort et le dépassement de soi. J’ai découvert sur le tard, ceci expliquant cela, que je n’étais pas véritablement habité par le désir de vaincre les autres ; que le sport était en fait, pour moi, plus un prétexte qu’autre chose… pour éprouver et m’éprouver, exciter ma capacité d’adaptation et ma vaillance d’âme.

Je ne pouvais pas ne pas laisser de trace
Comment imaginer quand on a vécu aussi intensément que moi, cette vie de sportif totalement impliqué… je veux dire « corps et âme », qu’on puisse ne pas rapporter ce qu’elle a pu signifier, voire symboliser ! Sur le fond, j’entends. On trouve dans la littérature de nombreux témoignages concernant l’impact psychologique de la pratique d’un sport sur le développement de la personne ; ou le contraire. Rares sont ceux qui prennent la forme de poèmes ou de délires psychédéliques, parfois touchant, parfois tragiques ou burlesques, comme je pourrais définir la suite de récits à laquelle je vous convie. Il est vrai que la poésie n’est pas un genre facile à manipuler ; elle peut même apparaître comme un mode d’expression dépassé, voire ridicule ! J’aurais plutôt tendance à penser qu’elle est intemporelle ; qu’elle concerne tout le monde, n’importe qui, pour peu que chacun accepte de laisser libre cours au flot de sensibilité qui l’habite. Oubliée de ses contemporains, parce que le monde tend à la superficialité et à la rentabilité. Je suis tout-à-fait en accord avec la définition de la poésie « qui privilégie l'expressivité de la forme, les mots disant plus qu'eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métrique, figures de style) ». A ce titre, l’histoire de mon parcours est révélatrice, la façon dont je la relate également : elle dit qui je suis, comment j’ai vécu les événements et surtout, comment je les ai transformées ! En me servant de mon corps et en laissant libre cours à mes émotions… et à l’imaginaire qui va avec !
Le poème de mes émotions sportives peut être également considéré comme un recueil de poèmes philosophiques. « La philosophie, du grec ancien (composé de philein : « aimer » ; et de sophia : « sagesse »), signifie littéralement : « l'amour de la sagesse ». C'est une activité et une discipline existant depuis l'Antiquité en Occident et en Orient, se présentant comme un questionnement, une interprétation et une réflexion sur le monde et l'existence humaine. Différents buts peuvent lui être attribués : la recherche de la vérité ; la méditation sur le bien, le beau, le juste ; la quête du sens de la vie et du bonheur ».
Au-delà même de la performance, qui peut en définitive, ne constituer qu’un épiphénomène, c’est du sens attribué à l’effort fourni à toutes fins inutile et utile, dont il est ici question ; méfiez vous de « l’inutile » ! En ce qui me concerne, le bonheur éprouvé de se mouvoir comme pour exprimer et tenter de canaliser un « trop plein d’énergie » ; comme pour s’exprimer également : mon tempérament, mon humanité, mon art ! En même temps que la nécessité fortement ressentie de tenter, à chaque nouvelle occasion qui m’était donnée, de  franchir les frontières du possible… à la recherche et à la découverte de sa véritable identité ; je dirais même : à la découverte de ma véritable profondeur ! Comment me suis-je comporté devant ce genre d’événements ? Et qui suis-je en définitive ? Un sens enfin, qui transcende, comme je souhaite pouvoir en faire la démonstration, la réalité telle que les non-initiés se complaisent à la décrire : un sport, l’athlétisme, jugé comme archaïque ! Voilà en tout cas, comment on peut vivre et exprimer les choses, en demeurant un authentique pratiquant, et chacun comprendra tout le bénéfice que l’expérience humaine peut tirer de l’expérience sportive. A l’âge notamment de la transhumance de l’enfant à l’adulte, en passant par cette phase si particulière de l’adolescence ; mais également au moment ou devenant âgé, l’homme cherche dans son quotidien le moyen de se transcender !

L’histoire d’un chemin initiatique
J’aimerais que ce témoignage serve d’un point de vue moral et philosophique. Parce que je pense qu’il n’est pas suffisamment mis en avant par les instances éducatives. Elles n’ont de cesse de nous convaincre de l’utilité hygiénique, presque gestionnaire de la pratique physique ; quand pour moi, elle n’a été qu’investissement et plaisir, expérience et découverte… défis et tragédies. Prétexte également à se surprendre, voire à s’étonner ; siège de nombreuses interactions, avec les autres notamment.
Et tout cela par le biais d’un simple engagement dans une pratique physique volontaire, sans lequel investissement, il ne saurait y  avoir de portée véritable.
Si ce témoignage devait revêtir un sens, ce serait pour servir la cause d’un engagement sportif servant à la grandeur d’âme. Tel un voyage initiatique qui contribuerait à la formation de l’Homme, au travers d’un continuum d’épreuves, toutes plus exigeantes que les autres, afin que celui-ci comprenne qu’il n’est pas un Hercule, peut-être davantage, d’autant plus fort qu’il aura été amené à se connaître et à s’estimer lui même, dans l’adversité devenue opportunité. Ou encore exprimé : afin de le convaincre à reconnaître les limites insoupçonnées de ses limites ! (N. Krantz ; extrait de l’ouvrage original)

Un moyen d’expression
Et pour cela, l’utilisation de mots en forme de prose, comme des images, pour évoquer le choc ininterrompu de sensations, surgissant tous azimuts, agissant comme des va-et-vient, du corps au cœur… le tempo rythmé de perceptions évoluant au gré des épreuves, se fondant en métaphores, comme du cœur à l’âme, plutôt que l’élaboration techniciste et parfois artificielle de rimes. Quand la forme est difficilement conciliable avec l’Essentiel : l’expression avant tout d’émotions « prises sur le vif » et l’émission instantanée de messages, comme autant de visions… un peu à la manière des surréalistes. Fidèle jusqu’au bout à ma conviction : « l’expérience vécue ou « le voyage », plutôt que la performance.

Te souviens-tu
Nous étions là, fébriles
L’air inquiet et le corps tendu
A attendre le grand départ
Comme pour la traversée d’un désert
Que l’on espérait néanmoins paradisiaque
 
Auparavant
Durant de longues minutes
Nous nous étions échauffés
Le corps et l’esprit
Tels les gymnastes
D’une nouvelle religion
Qui aurait porté pour nom
Le décathlon
 

Sommaire

Athlos I. 
EXPLOSION ou LA COURSE QUI TUE
 
Athlos II.
IMPULSION ou LE LONG SAUT
 
Athlos III.
EXPULSION ou REVE DE FORCE
 
Athlos IV.
ELEVATION ou LA HAUTEUR DE MES AMBITIONS
 
Athlos V.
EXACTION ou LE VOYAGE AU BOUT DE SOI-MÊME
Athlos VI.
APPREHENSION ou LA COURSE D’OBSTACLES
 
Athlos VII.
ROTATION ou LE PETIT TOUR SUR SOI-MÊME
 
Athlos VIII.
PROPULSION ou RÊVE DE LUNE
 
Athlos IX.
EXALTATION ou LE RETOUR AUX SOURCES
 
Athlos X.
SACRALISATION ou LE QUINZE-SANG

Athlos IEXPLOSION ou LA COURSE QUI TUE
 

 
A vos marques

Prêt

Partez
 
Dans une longue poussée
Nous nous sommes élancés
Félins tout d’abord ramassés
A l’assaut de cette proie
En forme de longue ligne droite
Dont nous avons pourtant avalé
Les premiers mètres
 
Le thorax brandi
De celui qui siège
Toute sa force en son sein
Les genoux altiers de cet autre
Qui martèle la piste
Comme un trotteur la cendrée
Un bassin qui semble voler
Sous le jeu de griffes
Toutes voiles dehors
Et le plaisir de se sentir puissant
Sans retenue aucune
 
Avec en filigrane
Au moment même
Ou vous n’êtes plus que vent
Cette sensation légère

...

http://www.vivantexte.fr/documents/100m.pdf

 

Athlos IIIMPULSION ou LE LONG SAUT
 


J’avais déjà labouré le terrain
Il ne me restait plus qu’à planter un saut
 
L’instant venu
J’ai déboulé sur l’étroite bande
Qui mène au sable
 
Au passage de l’une de mes marques
J’ai pu apprécier
Le degré de précision
Qui était le mien
J’étais au point
Ou plutôt à la planche
 
Dans une inspiration
En forme d’impulsion
Je me suis enlevé
Comme aspiré par le doux songe
Du saut le plus long
Dans une extension
J’ai cherché à prolonger le temps
M’inscrire une dernière fois
Dans la traversée d’un espace
Dont les limites ne seraient pas connues
Comme l’oiseau de mes rêves
 
Mais dans une expiration hélas
J’ai du retrouver la réalité

...

http://www.vivantexte.fr/documents/longueur.pdf

Athlos IIIEXPULSION ou RÊVE DE FORCE
 

Et vint enfin l’instant de savoir
Si nous faisions le poids
 
Dans un coin du stade
Comme un défi
M’attendait une boule de métal
Si triste et si noire
Que j’ai voulu la consoler
 
Quand dans mon cou
Je l’ai placée
Et que j’ai senti
Presque instantanément
Son froid me pénétrer
J’ai vite compris
Question de vie ou de mort
Qu’à tout prix
Il fallait que je m’en débarrasse
 
Dans un long râle
Je l’ai expulsée
Mettant tout mon poids
Dans l’affaire
 
Très loin
Là-bas
Elle est retombée
Dans un bruit sourd
Comme pour mieux marquer le coup
Dans un bruit lourd
Qui en disait long
Sur ce que je venais de lui asséner
 
On mesura le diamètre du cratère
Il correspondait bien
A ce que je pouvais pousser
A ce que je pouvais déployer
Comme haine
Vis-à-vis d’une simple boule noire
 

Athlos IV:  ELEVATION ou LA HAUTEUR DE MES AMBITIONS
 

 
L’après-midi était déjà bien avancée
A nos pieds
L’ombre des heures passées
Sur le stade de nos émotions
Commençait à gagner
Ceux d’entre-nous qui
Malgré les obstacles
Demeuraient accrochés
A la poursuite de ce quatrième combat
 
J’étais pour mon plus grand bonheur
De ces résistants
Obsédé par le projet
D’une élévation maximum
Comme pour mieux fuir
Un monde qui offre bien peu d’occasions
D’échapper à sa gravité
 
A l’horizontale
Comme un crépuscule des dieux
Se profilait
Non loin de moi
Une barre
Une simple barre
Non pas d’or
Mais bien plus
A l’horizontale
Aussi pure que rectiligne
Se profilait
Non loin de moi
La hauteur de mes ambitions
Une simple hauteur
Non pas de saut
Mais bien plus
 
Dans un long silence
Je me suis élancé
Le regard comme subjugué
...

http://www.vivantexte.fr/documents/hauteur.pdf

Athlos VEXACTION ou LE VOYAGE AU BOUT DE SOI-MÊME
 

La nuit s’annonçait douce
Elle pointait son nez
Discrètement
A la fenêtre du temps qui passe
Inexorable et immuable
 
Je venais à peine d’achever
Mon précédent voyage
Que déjà
On me réclamait
Pour un nouveau combat
Il fallait tourner la page
Et vite se préparer
A la plus grande des exactions
Vécues par un homme
Celle de la course au bout de soi-même
 
Et l’homme qui s’était si cru si haut
Au point qu’il lui semblait
Pouvoir dominer le monde
Fut appelé à en faire le tour
Se sentit soudain
Si petit
Face à une telle immensité
Et l’athlète qui se croyait si prêt
Au point qu’il lui semblait
Ne plus craindre l’épreuve
Se sentit soudain
Si désarmé
Face à une telle réputation
 
Le danger cette fois
Je le savais
Viendrait de l’intérieur
Du plus profond de moi
...

http://www.vivantexte.fr/documents/400m.pdf
 
 



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