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La vie d’une simple tasse de café

Cauchemar d’enfant


La mémoire du corps

Lettres d’un fils divorcé à son père

Le taille-crayon

Le monde ne tournait plus vraiment rond

Mourir d’aimer

La maison vide

La terre dont on ne revient jamais
Le fruit de mes entrailles

Le cheval blanc que nous avons monté

« Tempus fugit »

La photo jaunie

La flemme de mourir

Jaran et les oliviers

La trahison comme héritage

Le prix d’une autre vie

La femme mûre et le jeune homme
Travail, Temps et Talent sont des dieux

Le payvisagiste


Toi, le frère que je n’ai jamais eu

Quand l’enfant part

En mémoire de Flavie

Le chromosome

Autoportrait

L’appel des touaregs
La terre dont on ne revient jamais

Ils sont arrivés comme des sauvages dans ma vie, un soir de printemps. Nous devions être dans les années quatre vingt dix ; je vivais alors à Hô Chi Minh, l’ancienne Saïgon ! Je mangeais avec ma jeune épouse sur la terrasse de notre charmante maison, quand nous avons entendu, se rapprochant de nous à grands pas, le bruit sourd et chaotique d’une troupe. Et le bruit mécanique de quelques armes qui s’entrechoquent. Nous n’avons pas bougé ; ils étaient là maintenant, debout, face à nous… les fusils pointés dans notre direction. Je me souviens de leur présence et du silence qui s’est imposé ; de notre incrédulité… du temps qui s’arrête… des bandeaux rouges qui entouraient leurs têtes… de leur détermination froide et sanglante. Ils avaient mon âge, la trentaine à peine passée. Je me souviens ensuite de la réaction de mon épouse, qui s’est levée et qui a écarté de sa main, le canon de l’un de leurs fusils... et du bruit fait par la percussion. Ils n’ont pas averti, ils ne lui ont laissé aucune chance ; ils ont simplement tiré, ils ont tout simplement abattu mon épouse et l’enfant qu’elle portait… comme un chien ! Et je me suis immédiatement retrouvé un pistolet sur la tempe.
 
« Je ne sais plus très bien qui je suis… ni ce que j’étais, ni ce que je suis devenu. Encore moins ce qu’il adviendra de moi ; peu importe ! Il y a si longtemps maintenant que j’ai quitté la civilisation ; elle m’est devenue totalement étrangère ! Je crois qu’avec le temps, je suis devenu l’un des leurs !!! Je veux dire que je pense et que je respire dorénavant comme eux ; je ne reviendrai plus, je ne reviendrai pas de ce long voyage qui a été le mien, en zone nord ».

Ils ont attaché mes poignets, puis ils ont mis un bandeau sur mes yeux… puis ils m’ont amené avec eux ; allongé dans le coffre arrière d’une voiture… et ils ont roulé. J’étais effrayé par tant de brutalité ; mon épouse, notre enfant… et moi peut-être, dans quelques instants… à la fin de cette route qui n’en finissait plus de tourner. Nous avons gagné le fleuve ; j’entends encore le bruit de son débit… impressionnant de puissance. Vous connaissez tous son nom : le Mékong ou le fleuve rouge. Et ils ont attendu des heures ; que la nuit soit suffisamment avancée pour m’embarquer sur un bateau… sans doute une ghe nang utilisée pour la pêche ! Je ressens encore l’odeur des calmars et autres poissons morts envahir mon corps ; ils m’ont jeté là, dans cette cale puante, une toile de jute posée sur la tête… à attendre que je me putréfie !


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Le fruit de mes entrailles

Je me suis approché du berceau pour le regarder dormir : peu importe le sexe ; merci les femmes de ma vie pour tous ces cadeaux. Il était là, à portée de moi, parfaitement bordé dans son petit lit, le petit dernier ou la petite dernière de la famille ! Les yeux fermés et le teint blafard de ceux qui viennent de faire un long voyage ; je revois ses petits poings fermés, et je me rappelle cette façon qu’ils ont tous eue, d’avoir les bras en croix ; à la manière des justes ! Et sous le bonnet qui empêche d’avoir froid, ses cheveux à peine visibles. 

Je me suis approché du berceau. Dedans, un petit homme ou une petite femme ; qu’une conscience va bientôt habiter, si ce n’est déjà fait. Il possède un peu de moi, je ne l’oublie pas; il faut que j’en assume la responsabilité puisque je suis le père ! Plus proche encore, pour percevoir le souffle de sa respiration ; cette petite cage thoracique qui monte et qui descend, qui gonfle et se dégonfle… et cette bouche légèrement ouverte, qui laisse passer  l’air. En me penchant, je perçois son odeur ; elle n’est encore que celle d’un bébé qui vient de naître !

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Le cheval blanc que nous avons monté

Nous étions assis à une table à café. Il y avait non seulement tous ceux qui étaient présents, mais également tous ceux qui n’étaient pas encore arrivés ou qui venaient de partir ! Les têtes ici réunies, ressemblaient pour la plupart à celles que nous avons eues, juste avant dix-huit ans. Quand les filles, innocentes ou pas, se métamorphosent en femmes, jouant avec naïveté de leurs charmes naissant, et quand les garçons, imberbes ou non, s’accordent pour feindre un détachement qui n’a jamais trompé personne. Ils n’étaient pas encore tout à fait des hommes ! Nous nous fréquentions un peu partout, à la sortie des lycées, dans quelques troquets, chambres et boîtes de nuit. Une sorte de mélange de couches sociales diverses. Selon qu’il faisait plus ou moins jour, ou plus ou moins nuit, selon le niveau d’intimité auquel nous aspirions, selon les événements festifs qui se présentaient à nous. J’ai dû fréquenter de façon assidue, six Café, comme on fréquente de façon assidue les sorties de lycée ! Il y avait de nombreux prétextes pour s’y rendre, et l’un d’entre-eux, je dois le reconnaître, était lié à quelques présences féminines, parmi celles qui ne laissaient pas indifférent le vagabond que j’étais !
 
Quelque part, dans un endroit où l’eau a submergé la terre, sans la faire disparaître, des chevaux blancs galopent. Il fait beau à l’heure où commence ma divagation ; un ciel bleu qui s’étend à l’infini et qui se confond avec la mer. Ils forment un triangle, et l’objectif de la caméra qui me fournit les images est réglé sur un champ relativement large. Je décide de zoomer, pour resserrer le point de vue ; je ne vois plus que les sept chevaux de tête, avec à la tête, le plus beau d’entre-eux, naseaux et crinière au vent. Maintenant que j’y pense, j’entends le bruit galopant des sabots, foulant la mer et le sol. J’entends les frappes saccadées, et je perçois plus que je ne vois, les éclaboussures qui les accompagnent et qui me submergent petit à petit.

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« Tempus fugit ».

Gamate s’était retrouvée, par le plus grand des hasards, devant un magasin de bric et de broc, et elle s’était laissée séduire par l’allure désuète d’un vieux pot chinois. L’objet n’était pas remarquable ; l’encre de chine qui avait servi à dessiner quelques dragons sur la porcelaine blanche, s’effaçait tout doucement. Mais parmi l’ensemble des vieilleries qui avaient été exposées à la « vindicte » populaire, c’était pourtant celui-ci qui l’avait attirée ! Il n’y avait pas foule pour désirer l’objet, et elle avait pu en tirer un bon prix. Dans son élan, elle avait imaginé qu’il trônerait parfaitement, sur la commode placée dans l’entrée de sa pièce principale.  

Arrivée chez elle, elle posa ses courses, mit dans le frigidaire ce qui devait être conservé au frais, et s’en alla déballer l’objet de son plaisir. Le papier kraft fut arraché, et le pot se découvrit, nu, aux yeux de sa nouvelle propriétaire. Elle prit un peu de distance, comme pour mieux apprécier la dimension exacte de l’objet, et percevoir ce qui pouvait émaner de lui ! L’imaginer vivant dans cette pièce, trônant sur le meuble, s’associant à l’univers dans lequel Gamate avait choisi de vivre. Chose étrange, la couleur de l’objet n’était plus bleue ; il était rouge… ce qu’elle n’avait pas  remarquée tout à l’heure, lorsque ses yeux s’étaient posés sur lui. Peut-être ne l’aurait-elle pas pris si elle avait pu s’en rendre compte ! Et comme elle s’approchait, pour mieux appréhender la beauté du dessin qui enveloppait le pot, elle perçut en son centre, discrètement insérée et tout près de la tête du dragon, une inscription latine qui disait : «Tempus fugit » : le temps fuit !

Mais il y avait encore, en dessous de cette inscription, une autre assertion, tellement petite qu’il était impossible de la lire sans aide. Gamate toujours plus curieuse, alla chercher sa loupe, et s’en revint scruter, dans le détail, ce que pouvait bien révéler la lecture d’un texte aussi minuscule. Et elle découvrit que, de manière complémentaire, il avait été écrit : « Sed possibile est captare » : « mais il est possible de le rattraper ». C’est en frottant le pot, que Gamate découvrit les vertus magiques de l’objet qu’elle venait d’acquérir. C’est en frottant le pot qu’elle put appréhender la signification profonde du message qui venait de lui être envoyé… et qui allait changer de façon radicale, sa vision de la vie.  Nous sommes le premier novembre deux mille treize, quand Gamate soulève le couvercle du fameux pot ; une odeur un peu nauséabonde s’échappe alors, identique à celle que l’on peut ressentir, lorsqu’on ouvre une urne funéraire ! Elle envahit petit à petit toute la pièce, jusqu’à ce que Gamate, complètement intoxiquée, s’évanouisse aux pieds de sa chère commode. Et le grand voyage commença. Gamate allait avoir l’occasion de remonter le fil du temps ; de suivre l’histoire extraordinaire de sa lignée, comme le disent les généalogistes.

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La photo jaunie

J’ai fouillé pendant plus de vingt ans, dans tous les coins et les recoins de la maison, pour retrouver cette photo. Cette putain de photo, que j’avais déchirée dans un accès de colère… un jour de plus grand dépit que les autres. Je revois mes mains, parsemant les morceaux épars ; je les revois voler, puis chuter dans le fond d’une corbeille, de façon inexorable.
 
J’ai fouillé pendant plus de vingt ans, dans tous les coins et les recoins de ma mémoire, pour retrouver les gestes exacts qui avaient été les miens ce jour-là ; le jour où j’ai voulu rompre avec les dernières traces laissées par cette malencontreuse histoire. J’ai retrouvé la corbeille ; il ne lui restait plus aucun souvenir de cet épisode !!!

Je ne revois plus très bien où, et quand cela s’est passé ; simplement de la façon dont je suis arrivé à prendre cette décision… un contexte d’auto-suicide, pour le mort vivant que j’étais devenu ! Tant qu’à en finir, finissons en ! Mal où très mal, c’est pareil ! Puisque les choses n’étaient plus, elles ne pouvaient plus être encore : le souvenir du bonheur jadis éprouvé devait être éliminé, pour qu’il me reste une dernière chance de vivre le présent. Il fallait absolument éradiquer le mal ; à sa racine.

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La flemme de mourir

Terry était allongé dans le salon, avachi sur son canapé, comme peuvent l’être les gens fatigués. La pièce dans laquelle il siégeait, était une pièce relativement spacieuse et haute de plafond ; elle ressemblait de l’intérieur, à une bergerie dans laquelle crépiterait le feu d’une cheminée… chaude à souhait. Pierres et bois associés formaient un ensemble bien agréable, et conféraient à cette pièce, un je-ne-sais-quoi de désuet. Au dessus de lui, comme un balcon suspendu, siégeait une mezzanine, et encore plus haut, fixé au plafond, un ensemble de poutrelles régulièrement espacées. C’était un endroit où il fait bon vivre, et cela tombait bien, puisque Terry était chez lui...

Dehors, l’automne avait pris ses quartiers. Le froid et l’humidité avaient envahi la ville de Burdigala… qui avait peine à émerger, des brumes naissantes. Il était aux environs de dix- huit heures quand il lâcha la souris de son ordinateur ; la main qui l’avait jusqu’alors tenue, s’était entrouverte, poussée sans doute, par un excès de langueur. Terry était entré en sieste comme on entre en léthargie ; comme on lâche prise… petit à petit ! Mais il entendait encore, comme le ronron d’un chat, le son de la télé. Une habitude qu’il avait prise et qui le rassurait !

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Jaran et les oliviers
 
Jaran venait juste de rentrer, de son périple à Paris ; un périple qui devait être le dernier d’une longue série de voyages. L'année s'achevait pour lui, et c'était bon de se dire, qu'enfin, pour un certain temps, il ne serait plus contraint de quitter cette terre qui était la sienne. Il avait été recruté par un institut pour aider les hommes à mieux se connaitre, et ce travail pour tout passionnant qu'il était, se révélait particulièrement épuisant. Il faut dire que Jaran ne s'économisait pas; la haute opinion qu'il avait de sa mission, et la réputation amplement méritée qui maintenant le précédait, n’autorisait désormais plus une seule once de médiocrité. Et sa passion pour les itinéraires humains, quels qu’ils soient, n’arrangeait pas les choses : il buvait tout, jusqu’à la lie.
 
Au loin là-bas, l’attendait Trius.
 
Mais son travail d’imprégnation, je dirais presque d’ingurgitation, n’était pas qu’un acte de consommation ; il était également et surtout, un véritable acte de transformation… pour  l’ensemble des personnes concernées. Lui compris. Une sorte de thérapie, qui amène chacun à se nourrir des histoires de vie : celle des autres et la sienne ; une sorte de  quête, que chacun d’entre-nous décide d’entreprendre, à un moment particulier de son existence. Afin de pouvoir faire un point sur son propre parcours. Jaran avait beaucoup utilisé cette année-là, le terme « d’habitat », pour évoquer de façon métaphorique, ce qui se loge dans le tréfonds des entrailles ; un tréfonds qui peut relever de la location ou de l’achat de demeure… qui peut également donner lieu à des expropriations, mais qui peut également être le siège de quelques bonheurs ressentis. Et comme il aimait à le répéter, chacun aurait dans cette affaire, tôt ou tard, à évoquer le décor de sa vie. 
 
Au loin là-bas, l’attendait Trius, son fidèle compagnon…

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La trahison comme héritage

Syrius était un général particulièrement célèbre et adulé par les Romains, pour sa droiture et sa vaillance. Parce qu’il était celui qui préserve la nation contre toute attaque menaçante, il avait été surnommé « le gardien du temple ». Placé à la tête d’une cohorte de  mille hommes, dont la fonction principale était de parcourir les frontières pour en préserver les limites, il était celui qui garantit la paix. Il faut dire que les mentalités avaient fortement évolué depuis la fin de la guerre contre les Latins: après une forte période marquée par quelques perspectives hégémoniques, Rome s’était assagie ; comme son empereur Cesarus d’ailleurs, celui que l’on qualifiait « d’homme de paix ». La visée expansionniste n’était plus en vogue, même si quelques tribuns, en mal de colonies et d’esclaves, en défendaient encore, âprement même, le principe ! Pour preuve : Scipus le conquérant, celui qui avait été jadis adulé par tout un peuple, n’était plus qu’une vieille idole, qui finissait sa vie abandonné de tous, dans l’une des nombreuses maisons romaines dont il était devenu le propriétaire. On lui reprochait de s’être considérablement enrichi à la guerre, « sur le dos » de quelques huit cent mille cadavres, dont certains étaient des fils de Romains. Sa réputation, il faut bien l’avouer, était entachée par la description authentifiée de quelques massacres et autres histoires épouvantables ; il avait été également, le responsable de quelques défaites retentissantes contre les Etrusques et les Gaulois. Sa manière de mener les troupes au combat semblait révolue, et même ses plus fidèles compagnons remettaient en cause le principe de l’avancée qui avait fait la réputation des phalanges grecques, quand épaule contre épaule, les soldats offraient à l’ennemi, une ligne continue et unie. Leur proposant un corps à corps souvent aussi sordide que sanglant ! Nous étions à une époque où les pères ne voulaient plus voir mourir leurs enfants hors des frontières, et ils avaient travaillé la démocratie pour qu’elle accouche d’une nouvelle espérance. Comme le disait Cesarus lui même : « la République ne voulait plus détruire pour construire, mais construire pour vivre ».

Mais Syrius n’était pas simplement apprécié par le peuple de Rome ; il était également respecté par les hommes...

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